Étude pionnière croisant télédétection satellite (NOAA AVHRR, MODIS) et analyse SIG multicritère pour cartographier le risque incendie en Province Sud et prioriser la protection des milieux naturels sensibles.
Contexte
En 2005, la Direction des Ressources Naturelles de la Province Sud (Service de l’Environnement) confie à Yann-Eric Boyeau — aujourd’hui fondateur et dirigeant de MAGIS — une étude visant à croiser la menace incendie avec la carte des enjeux écologiques établie lors de la première phase de l’étude. L’objectif : comprendre où et pourquoi partent les feux de brousse, puis identifier les milieux naturels prioritaires à protéger.
À l’époque, aucune base de données fiable et centralisée ne recense les incendies du territoire. Il faut donc reconstituer une source de données exploitable à partir de plusieurs origines disparates : archives satellite, relevés de la sécurité civile, bilans d’intervention de l’hélicoptère bombardier d’eau.
Méthodologie
Récupération et traitement des archives satellite
- Recherche et relecture des archives brutes NOAA AVHRR (1997-2002) stockées sur bandes magnétiques DDS1, via un lecteur reconstitué sur une ancienne station Unix, faute de matériel encore en service ;
- Écriture d’un script de décompression des trames brutes 10 bits, et reconstruction de la chaîne de géoréférencement (recalage, correction géométrique/radiométrique niveau L1B) à l’aide du logiciel HrptReader ;
- Diagnostic des données archivées entre 1998 et 2002, dont l’algorithme de détection produisait des résultats aberrants (dizaines de milliers de faux positifs par image, feux détectés en mer) — analyse critique révélant l’origine probable de ces artefacts (saturation de canal, couverture nuageuse) ;
- Exploitation des archives MODIS Fire (NASA / Université du Maryland, 2000-2005), offrant une détection plus fiable et une précision kilométrique.
Analyse spatio-temporelle des départs de feux
- Répartition annuelle, mensuelle et journalière des feux détectés, mettant en évidence un pic saisonnier (octobre-décembre) et une origine très majoritairement anthropique (répartition non uniforme sur les jours de la semaine) ;
- Analyse géographique par commune et par bassin versant (identification des zones les plus touchées : Néra, Thio, Île des Pins) ;
- Statistiques de proximité : distance aux villes/tribus, aux bâtiments (BDTOPO) et aux voies d’accès, révélant que 80 % des feux se déclarent à moins d’1 km d’une route ;
- Cartographie de densité par noyau (kernel) pour visualiser l’intensité spatiale du phénomène.
Modélisation du risque et croisement avec les enjeux écologiques
- Mise en place d’un carroyage DFCI (maille de 2 km, standard métropolitain) pour structurer l’ensemble de l’analyse à une échelle compatible avec la précision des données disponibles ;
- Construction d’un indice de risque multicritère par carré DFCI, combinant densité de l’habitat, proximité au réseau routier et pluviométrie annuelle, chaque paramètre étant reclassé selon son occurrence de feux observée ;
- Croisement du risque incendie avec la carte des priorités de conservation botanique / faunistique (issue de la première partie de l’étude) pour produire une carte d’action prioritaire distinguant quatre profils de zones (à surveiller, à protéger, sans enjeu, à réduire la menace).
Résultats & chiffres clés
Le risque global d’incendie se révèle jusqu’à 80 fois plus élevé entre les carrés DFCI classés « très élevé » (24,9 feux / 400 km²) et ceux classés « faible » (0,3 feu / 400 km²).
- 80 % des départs de feu se situent à moins d’1 km d’un bâtiment et à moins d’1 km d’une voie d’accès ;
- 50 % des feux sont détectés à moins de 5 km d’une ville ou d’une tribu ;
- Identification des zones à traiter en priorité : le grand Sud, les franges périurbaines de Païta et Dumbéa, le littoral Bourail–Poya, la transversale de Thio, le col d’Amieu et l’Île des Pins ;
- Recommandation de mise en place d’une base de données de type Prométhée pour centraliser durablement le recensement des feux — le carroyage DFCI produit durant l’étude servira de standard de localisation commun à la sécurité civile, aux gendarmeries et aux services provinciaux.
Outils & données mobilisés
| Source / Outil | Usage |
|---|---|
| NOAA AVHRR (archives 1997-2002) | Détection historique des feux par télédétection thermique |
| MODIS Fire (NASA / Univ. Maryland, 2000-2005) | Détection de points chauds, précision kilométrique |
| HrptReader | Décodage et géoréférencement des images satellite brutes |
| BDTOPO DITTT | Localisation des bâtiments et du réseau routier |
| Carroyage DFCI (2 km) | Grille de référence pour l’analyse multicritère du risque |
| Analyse SIG multicritère | Modélisation et pondération du risque incendie |
Cette étude a posé des fondations méthodologiques — télédétection, analyse spatiale multicritère, croisement d’enjeux — que MAGIS continue de mobiliser aujourd’hui sur des problématiques de gestion du risque et de surveillance environnementale. Voir par exemple notre suite de supervision des cyclones et feux de forêts pour la DSCGR.